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Les affiches ( )
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Les affiches de Lautrec ont laissé dans l'inconscient collectif
une trace profonde et continuent aujourd'hui d'exercer une fascination.
Et; sans elles, qui se souviendrait aujourd'hui de la Goulue, de Jane
Avril, d'Yvette Guilbert, de May Belfort, de May Milton, de l'humoriste
Caudieux et de tant d'autres ?
Lautrec va fixer à jamais l'éphémère de la
vie nocturne. Loin de se limiter qu'au seul monde du spectacle, Lautrec
fera des affiches pour des frontispices de livres, tel "Babylone
d'Allemagne", pour certains artisans comme le photographe Sescau,
ou sur le monde du cyclisme avec "La chaîne Simpson".
La condition indispensable de toute affiche et de créer un choc.
De grands artistes se sont employés à cette technique.
Retenons Daumier, Chéret, Steinlein, qui ont usé des mêmes
méthodes pour leur oeuvre peinte et leurs affiches. Lautrec a su
innover l'affiche par l'acuité de son regard et son sens de la
synthèse liés à une technique éblouissante,
mais surtout inventive. "Personne ne reverra le prodige qu'aura fait
éclater sur les murs de Paris, à la fin du siècle
dernier, l'apparition des affiches de Lautrec", témoigne Thadée
Natanson qui dirige alors avec son frère la "Revue Blanche",
publication qui va, durant dix ans, se partager avec le "Mercure
de France" la tâche de faire de leurs journaux une tribune
des avant-gardes. Cette tribune est un tremplin pour l'oeuvre de Lautrec
et pour bien d'autres artistes. Déjà passionné par
la gravure, c'est tout naturellement que Lautrec s'oriente vers l'affiche,
guidé par Pierre Bonnard dont l'affiche "France Champagne",
1891, venait de remporter un vif succès. "Avec Lautrec et
ses affiches, c'est l'art qui descend dans la rue", déclare
Thadée Natanson.
Le véritable phénomène pour l'histoire de l'art
vient de l'engouement du public pour les affiches de Lautrec. Pour la
première fois peut-être le public alla droit vers une forme
d'art considérée d'avant-garde, alors que nombre d'artistes,
critiques et collectionneurs n'avaient que répulsion pour les compositions
insolites de Lautrec, ses procédés picturaux comme la crudité
des visages ou la déformation voulue pour rendre la figure plus
expressive. L'affiche pour le "Moulin Rouge" est la première
affiche moderne, véritable oeuvre d'art que les collectionneurs,
très vite, recherchent, allant jusqu'à les faire décoller
des murs où elles sont apposées. Zola dans "L'Oeuvre"
(1886) montre des jeunes peintres qui, rue de Seine, insultent l'Académie
des beaux-arts tandis qu'une "affiche tirée en trois couleurs",
servant de réclame à un cirque, leur fait pousser des cris
d'admiration. Félix Fénéon, dans la revue anarchiste
"Le Père peinard", exhorte ses lecteurs à arracher
les plus belles affiches des murs de Paris pour "se procurer de la
peinture plus harf que les croûtes au jus de réglisse qui
font la jubilation des trous du cul de la honte".
Une affiche de Chéret de la même période paraît
comme trop convenue à côté des compositions surprenantes
de Lautrec. Avec des affiches comme "Moulin Rouge" ou "Divan
Japonais", on a une vision de la modernité en art.
Quand Lautrec arrive tôt le matin chez ses imprimeurs, Chaix, Ancourt
ou le père Cotelle. Il se débarrasse de sa veste, enfile
un tablier et participe au tirage des essais, dessinant de nouvelles figures
sur les pierres avec une fermeté de traits remarquable, trouvant
de saisissants raccourcis par la manière ramassée et elliptique
de décrire une scène en mouvement. Incroyable résistance
physique de cet homme qui possède, en dépit d'excès
sans fin, une sûreté de la main qu'il conservera presque
jusqu'au terme de sa vie.
Lautrec procède toujours de la même façon, "affaire
de teknick" disait-il souvent d'un ton blagueur. Il débute
par un dessin préparatoire au fusain, fait des cartons peints avec
une peinture très diluées à l'essence qui rend plutôt
un effet d'aquarelle. Puis vient le passage sur les pierres lithographiques.
exemple de trois étapes pour
l'affiche "Caudieux" :

Dès ses premières affiches, Lautrec innove. Il réduit
le spectre des couleurs au jaune, au rouge, au bleu et au noir. Les noirs
de Lautrec sont extraordinaires. Il va du reste en faire la base de ses
affiches qui sont aussi la synthèse de son art. Il obtient des
verts olive particulièrement profonds, fruits de savants mélanges
d'encres dont il fera grand usage pour la lettre. Lautrec emploie aussi
une technique utilisée par de nombreux affichistes : le crachis.
C'est une pluie fine d'encre faite à partir d'un couteau que l'on
passe sur une brosse à dents encrée. Grand admirateur des
maîtres de l'estampe japonaise, Lautrec avait retenu de leurs oeuvresqu'il
était possible d'obtenir avec "des couleurs simples et juxtaposées,
des résultats aussi francs qu'avec des couleurs nombreuses et superposées".
Il s'approche également de l'art japonais par son dessin qui semble
jaillir spontanément, cernant chaque figure par un trait vigoureux.
En fait pour chaque affiche, Lautrec exécute une quantité
d'états différents avant de trouver les tons justes. Certains
de ces essais sont uniques, d'autres tirés à seulement 20
exemplaires ou plus. Certains états sont avec la lettre, c'est
à dire avec le texte de l'affiche définitive, d'autres sont
d'abord des recherches sans le texte.
Parfois il change la couleur de la lettre, il expérimente différends
fonds. Chaque affiche exige une extraordinaire suite de recherches sur
les couleurs, le dessin et l'emplacement du texte qui ne doit pas être
préjudiciable à la composition. Lautrec a parfaitement compris
que l'affiche est avant tout destinée à une forme de communication.
il faut que l'affiche s'impose à l'attention des gens par des effets
irrésistibles. Il apprend donc à supprimer le détail
superflu. Le modelé disparaît pour des fonds de couleurs
en aplat.
Lautrec meurt au début du 20ème siècle, mais la
postérité de ses affiches ne fait que croître. Elle
a imprégné chaque génération de créateurs
par cette acuité d'esprit et cette sensibilité qui sont
le propre de ces artistes visionnaires.
Etrange coïncidence, la mort de Lautrec correspond avec les lois
de 1901 sur les associations. A la place de ses affiches reste le fameux
"Défense d'afficher" !
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